"QU'IL FAIT BEAU CELA VOUS SUFFIT"

Une plongée fictionnelle au coeur de la politique

d’éducation prioritaire.

Prochaine création 12 janvier 2023

Centre Albert Camus - Issoudun

écriture & mise en scène

Mélanie Charvy & Millie Duyé

 

avec Aurore Bourgois Demachy / Thomas Bouyou / Émilie Crubezy /     Paul Delbreil / Virginie Ruth Joseph / Clémentine Lamothe / Loris Reynaert  et Étienne Toqué 

création lumière Orazio Trotta

création sonore Timothée Langlois

régisseur lumière Gaetan Lajoye

dramaturgie et regards extérieurs Charles Dunnet et Romain Picquart

création costumes Carole Nobiron

scénographie Irène Vignaud

Dossier >>> ICI

Violette Tessut, conseillère principale d’éducation dans un collège calme du centre ville, est nommée référente territoriale par le Ministère de l’Éducation Nationale dans le cadre d’une grande enquête de terrain en vue d’une réforme de l’éducation prioritaire. Elle est alors affectée dans un collège réputé difficile, au coeur d’une cité HLM. Elle arrive dans ce nouvel établissement, persuadée d’y remettre de l’ordre et de mener de nombreux projets. Mais très rapidement, elle se retrouve débordée et fait face à des élèves aux parcours scolaires abimés par leurs conditions de vie, en colère contre l’école et des familles qui n’arrivent plus à joindre les deux bouts. Sa rencontre avec Aleksander, un élève de 3ème, la bouleverse et la pousse dans ses retranchements.  

Régulièrement auditionnée par la commission des affaires culturelles et de l’éducation, elle rend compte de son quotidien professionnel et de celui de ses collègues, espérant une prise de conscience politique sur l’urgence des situations sociales auxquelles ils font face et sur leurs conditions de travail dégradées. 

« Qu'il fait beau cela vous suffit" nous plonge, sur un ton décalé, dans les méandres d’un établissement scolaire où violence et misère sociale sont le lot quotidien de celles et ceux qui tentent, malgré tout, de donner à voir des possibles. Quelles réponses la sphère politique pourra-t-elle y apporter ? 

Au croisement du théâtre documentaire, de la fiction et du théâtre politique.

« Ne me regardez pas dedans
Qu’il fait beau cela vous suffit
Je peux bien dire qu’il fait beau
Même s’il pleut sur mon visage
Croire au soleil quand tombe l’eau
Les mots dans moi meurent si fort
Qui si fortement me meurtrissent
Les mots que je ne forme pas
Est-ce leur mort en moi qui mord
 »

Louis Aragon, Le fou d’Elsa

 

FAIRE FACE AU RÉEL

 

La Compagnie Les Entichés et ses liens étroits avec l’éducation prioritaire

Depuis six ans, les artistes de la Compagnie Les Entichés mènent de nombreuses actions d’éducation artistique et culturelle principalement en Région Centre-Val de Loire dans des établissements classés REP et REP+, souvent en lien avec les précédentes créations. 

Nous avons rencontré de nombreux élèves dont les parcours de vie étaient cabossés, souvent issus des classes populaires. Ils avaient, pour la plupart, une vision négative de leur parcours scolaire, de leur orientation et une défiance forte à l’égard de l’école et de l’institution éducative. 

Parallèlement, leurs professeurs nous confiaient toutes les difficultés auxquelles ils faisaient face : trop d’élèves pas classe, manque de moyens, lassitude (décuplée lors du premier confinement), situations sociales des élèves et des familles difficiles, manque de reconnaissance de l’institution. 

Cette réalité nous a bouleversées. Nous avons alors décidé d’étudier plus en profondeur l’histoire et les objectifs avancés lors de l’élaboration de la politique d’éducation prioritaire. 

Aujourd’hui, 20% des élèves en France étudient au sein des réseaux d’éducation prioritaire (anciennement les ZEP) et un élève sur cinq est un enfant vivant en dessous du seuil de pauvreté.  

Qu’est-ce que l’éducation prioritaire et son réseau ?

« La massification de l’enseignement (…) visait l’élévation du niveau de formation des nouvelles générations. Elle avait également pour objectif la réduction des inégalités des destins scolaires. Ces espoirs de démocratisation ayant été déçus, il a fallu penser autrement les causes de l’échec scolaire. Des travaux de sociologie ont ainsi révélé l’importance de l’origine sociale des élèves, en insistant notamment sur le rôle joué par « l’environnement familial et social », et plus particulièrement par le niveau d’instruction des parents, sur la réussite scolaire. Ces recherches montrent également comment inégalités sociales et disparités spatiales se conjuguent et se renforcent. De fait, elles conduisent à la concentration d’élèves ayant de grandes difficultés scolaires au sein de certaines zones ». Source, Site du Ministère de l’éducation nationale.

C’est ainsi qu’en 1981, Alain Savary créé les premières ZEP (Zones prioritaires de l’éducation) avec l’objectif de : « corriger l’inégalité sociale par le renforcement sélectif de l’action éducative dans les zones et dans les milieux sociaux où le taux d’échec scolaire est le plus élevé ».

Plusieurs réformes ont modifié ensuite les contours et objectifs des ZEP tout comme leur sigle. En 2015, a lieu la profonde refondation de l’éducation prioritaire avec la fusion sous deux sigles : REP et REP+ (réseau d’éducation prioritaire renforcée). 

 

Comment sont classés les établissements scolaires en REP et REP + ?

Pour un classement en REP, les établissements doivent répondre à quatre paramètres de difficulté sociale qui peuvent impacter la réussite scolaire : taux de professions et catégories sociales défavorisées, taux de boursiers, taux d’élèves résidant en zone urbaine sensible, taux d’élèves en retard à l’entrée en 6e.

Pour les REP+, ce sont les mêmes paramètres mais pour des établissements situés dans des quartiers ou secteurs isolés qui connaissent les plus grandes concentrations de difficultés du territoire (quartiers politiques de la ville par exemple). 

 

Les rapports mitigés sur l’éducation prioritaire

Malgré des réformes régulières, l’éducation prioritaire obtient peu de résultat constate la Cour des comptes dans un rapport d’octobre 2018. L’enquête PISA (programme international pour le suivi des acquis des élèves) publiée par l’OCDE en 2018 indique que la France est le pays développé où les déterminismes sociaux sont les plus forts. Il apparaît que l’école française ne se contente pas de reproduire les inégalités mais qu’elle les accentue. C’est également le constat que font de nombreux sociologues et le Ministère de l’Éducation Nationale lui-même (cf. site du Ministère).

 

La mise en place d’une politique d’éducation prioritaire est une réponse à la réduction de l’inégalité des chances à l’école. Pourtant celle-ci est largement contestée et critiquée.

Pourquoi, malgré des réformes successives, la politique de l’éducation prioritaire ne parvient-elle pas à réduire les inégalités scolaires au

sein de l’école ? Quels outils et quels moyens donne-t-on au personnel éducatif, aux enseignants, pour agir ?

Voici notre point d’accroche pour d’abord étudier ce réel et en tirer les éléments nécessaires à l’écriture dramatique.

CHERCHER ET ÉTUDIER LE RÉEL

 

UN PROTOCOLE DE RECHERCHE

Quand le réel nous attrape de plein fouet, nous heurte, nous hérisse, nous questionne, il devient une nécessité absolue de tenter de le canaliser, de le tordre et alors continuer ce dialogue très ancien entre poésie au sens large et politique. 

Pour ce faire, et suite à notre précédente création Échos ruraux qui partait d’une collecte de paroles sur le département rural du Cher, nous avons fait le choix d’établir un protocole de recherche plus encadré et codifié pour cette nouvelle création. 

Ce protocole est constitué de trois axes : 

  • une collecte de paroles (entretiens individuels et confidentiels de membres du personnel de l’éducation prioritaire et élus) suivant un questionnaire précis, élaboré en suivant des méthodes utilisées par différents sociologues 

  • Des ateliers de pratique artistique en milieu scolaire (primaire, collège et lycée), dans des établissements classés en REP et REP+

  • Un travail de recherche et de documentation (études sociologiques, films, reportages, romans). Nous prenons notamment comme supports Les héritiers de Bourdieu et Passeron, Une société sans école d’Ivan Illich, les différents écrits de Véronique Decker (directrice d’école primaire en Seine Saint Denis depuis 30 ans), Enfances de classe de Bernard Lahire. 

 

Ateliers de pratique théâtrale en milieu scolaire    

Nous sommes allées chercher la matière directement sur le terrain en favorisant un dialogue avec le système éducatif et les élèves au sein d’établissements classés REP et REP +. C’est au travers d’ateliers théâtraux, par le biais des outils propres au théâtre (l’improvisation, l’écriture) que nous avons amenés les élèves à s’exprimer sur l’école (au sens large du terme incluant tous les niveaux scolaires) : Qu’est-ce que l’école pour eux ? Qu’y apprécient-ils ou non ? Si l’école n’existait pas, comment l’inventeraient-ils ? S’ils étaient directeurs d’école, comment la feraient-ils fonctionner ? Qu’est-ce qui, selon eux, est indispensable à l’école ? Qu’aiment-ils y apprendre ? Quelles relations entretiennent-ils avec leurs professeurs ? Quelles relations entre leur vie personnelle et leur vie scolaire ?

 

Collecte de paroles du personnel de l’éducation prioritaire

Nous avons mené des entretiens individuels autour d’un questionnaire identique pour chaque interviewé. Nous avons mené à ce jour plus de quarante entretiens de personnes travaillant au sein d’établissements classés REP, autour d’un questionnaire identique pour chaque interviewé (enseignant.e.s, chef.fe.s d’établissement, CPE, psychologues scolaires, infirmier.e.s, assistant.e.s sociales, élu.e.s, etc…), s’inspirant de méthodes sociologiques (similaires aux études de cas de Bourdieu, Lahire, etc… ). Nous leur posons une série de questions d’ordre sociologique : la profession de leurs parents, leurs parcours d’élèves. Mais aussi des questions sur leur vision du système éducatif largement, sur l’orientation des élèves issus de REP, sur l’organisation de l’éducation prioritaire. Nous avons aussi souhaité leurs poser des questions intimes sur leur ressenti lors de l’exercice de leur profession, des anecdotes liées à leur travail en éducation prioritaire (par exemple : ce qui les remplit de joie dans l’exercice de leur fonction). Nous avons également été en immersion au collège Victor Hugo (REP) à Bourges. 

Cela nous a permis d’acquérir une certaine connaissance de l’organisation du système de l’éducation prioritaire : du déroulement de la formation initiale à celui de la carrière (le sytème des points, les titularisations), du fonctionnement d’un établissement classé REP, du type d’élèves, des difficultés rencontrées, des projets menés, de la difficile question du nombre d’heures d’enseignement alloué, etc. 

 

Nous souhaitons continuer ce travail de recherche sur la saison 2021-2022, avec les différents lieux partenaires de la production. 

 

CO-PRODUCTION (en cours)

> Théâtre El Duende

> EPCC Centre Albert Camus, Issoudun

> Théâtre du Mac Nab, Vierzon

> Théâtre dans les vignes, Couffoulens