R.E.P

(titre provisoire)

Une plongée fictionnelle au sein des réseaux

d’éducation prioritaire.

 

Prochaine création 2022

écriture & mise en scène

Mélanie Charvy & Millie Duyé

« Écolier, puis collégien, puis lycéen, j'y croyais dur comme fer moi aussi à cette existence sans avenir.

C'est même la toute première chose dont un mauvais élève se persuade. »

Daniel Pennac, Chagrin d’école (2007)

Au croisement du théâtre documentaire, de la fiction et du théâtre politique.

L'ORIGINE DU PROJET

 

DES ATELIERS DE PRATIQUES ARTISTIQUES EN MILIEU SCOLAIRE COMME POINT DE DÉPART

 

Depuis six ans, la Compagnie Les Entichés mène de nombreuses actions de médiation culturelle principalement en Région Centre-Val de Loire dans des établissements classés REP et REP+.

En tant que jeunes artistes issues de milieux sociaux favorisés, nous avons dû faire face à nos propres préjugés : « les enfants en REP sont violents », « nous n’allons pas réussir à les intéresser », « les profs doivent être au bord du burn-out ».

Nous avons travaillé auprès d'élèves souvent coincés dans des présupposés les excluant du jeu théâtral. La plupart finalement s’ouvraient, se prêtaient entièrement aux exercices, comprenaient que le théâtre pouvait leur servir d’outil dans leur vie comme dans leur parcours scolaire et laissaient libre court à leur imagination en sortant de leur réalité quotidienne. Ils avaient, pour le plus grand nombre, une vision négative de leur parcours scolaire et de l’institution même de l’école. Pourtant leurs professeurs étaient engagés, à l’écoute, combattants.

 

Nous avons alors, à notre échelle d’artistes, souhaité donner la parole à ces 20% d’élèves français qui étudient au sein des réseaux prioritaires et au personnel qui les accompagne, par notre plume et au plateau. Notre recherche immersive a débuté il y a quelques mois par une collecte de paroles auprès d’élèves et du personnel éducatif de REP et REP+ pour raconter, questionner et apporter leurs regards sur l’éducation dite prioritaire.

LES RÉSEAUX D’ÉDUCATION PRIORITAIRE ?

 

« La massification de l’enseignement (…) visait l’élévation du niveau de formation des nouvelles générations. Elle avait également pour objectif la réduction des inégalités des destins scolaires. Ces espoirs de démocratisation ayant été déçus, il a fallu penser autrement les causes de l’échec scolaire. Des travaux de sociologie ont ainsi révélé l’importance de l’origine sociale des élèves, en insistant notamment sur le rôle joué par « l’environnement familial et social », et plus particulièrement par le niveau d’instruction des parents, sur la réussite scolaire. Ces recherches montrent également comment inégalités sociales et disparités spatiales se conjuguent et se renforcent. De fait, elles conduisent à la concentration d’élèves ayant de grandes difficultés scolaires au sein de certaines zones ». Source, Site du Ministère de l’éducation nationale.

C’est ainsi qu’en 1981, Alain Savary créé les premières ZEP (Zones prioritaires de l’éducation) avec l’objectif de : « corriger l’inégalité sociale par le renforcement sélectif de l’action éducative dans les zones et dans les milieux sociaux où le taux d’échec scolaire est le plus élevé »

Petit historique : des ZEP aux REP, en passant par bien d’autres sigles

Plusieurs réformes ont modifié ensuite les contours et objectifs des ZEP tout comme leur sigle. On passe par les RAR (réseaux ambition réussite) et RRS (réseau de réussite scolaire), CLAIR puis ECLAIR (École, Collège lycée ambition innovation réussite). En 2015, a lieu la profonde refondation de l’éducation prioritaire avec la fusion sous deux sigles : REP et REP+ (réseau d’éducation prioritaire renforcée).

Actuellement 20% des élèves sont inscrits en REP et REP +.

Les critères du classement des établissements en REP et REP +

Pour un classement en REP, les établissements doivent répondre à quatre paramètres de difficulté sociale qui peuvent impacter la réussite scolaire : taux de professions et catégories sociales défavorisées, taux de boursiers, taux d’élèves résidant en zone urbaine sensible, taux d’élèves en retard à l’entrée en 6e.

Pour les REP+, ce sont les mêmes paramètres mais pour des établissements situés dans des quartiers ou secteurs isolés qui connaissent les plus grandes concentrations de difficultés du territoire (quartiers politiques de la ville par exemple).

 

Des résultats éloignés des objectifs

Malgré des réformes régulières, l’éducation prioritaire obtient peu de résultat constate la Cour des comptes dans un rapport d’octobre 2018. L’enquête PISA (programme international pour le suivi des acquis des élèves) publiée par l’OCDE en 2018 indique que la France est le pays développé où les déterminismes sociaux sont les plus forts. Il apparaît que l’école française ne se contente pas de reproduire les inégalités

mais qu’elle les accentue.

Pourquoi, malgré des réformes successives, la politique de l’éducation prioritaire ne parvient-elle pas à réduire les inégalités sociales au sein de l’école ? Quels outils et quels moyens donne-t-on au personnel éducatif, aux enseignants, pour agir / lutter contre cela ?

THÉÂTRE DOCUMENTÉ - ATELIERS EN MILIEU SCOLAIRE ET COLLECTE DE PAROLES DU PERSONNEL DE L’ÉDUCATION PRIORITAIRE

 

« Quand je vous parle de la société, je vous parle de théâtre ! ». Ariane Mnouchkine.

 

La mise en place d’une politique d’éducation prioritaire est une réponse à la réduction de l’inégalité des chances à l’école. Pourtant celle-ci est largement contestée et critiquée.

C’est cette réalité qui nous questionne en tant qu’artistes. Nous souhaitons nous en saisir et la transformer par l’écriture et sur scène afin d’obtenir une distance nécessaire.

En suivant la même démarche que pour notre précédente création Échos ruraux, nous allons créer pour le milieu de l’année 2022 une fiction documentée à partir d’une collecte de paroles (entretiens individuels et confidentiels de personnel de l’éducation prioritaire) et d’ateliers de pratique artistique en milieu scolaire (primaire, collège et lycée), dans des établissements classés en REP et REP+.

Nous menons aussi, en parallèle, un travail de recherche et de documentation (études sociologiques, films, reportages, romans). Nous prenons notamment comme supports Les héritiers de Bourdieu et Passeron, Une société sans école d’Ivan Illich, les différents écrits de Véronique Decker (directrice d’école primaire en Seine Saint Denis depuis 30 ans).

Déroulé des ateliers de pratique théâtrale et de l’immersion en milieu scolaire

Nous souhaitons aller chercher la matière directement sur le terrain en favorisant un dialogue avec le système éducatif et les élèves au sein d’établissements classés REP et REP +. C’est au travers d’ateliers théâtraux, par le biais des outils propres au théâtre (l’improvisation, l’écriture) que nous amènerons les élèves à s’exprimer sur l’école (au sens large du terme incluant tous les niveaux scolaires) : Qu’est-ce que

l’école pour eux ? Qu’y apprécient-ils ou non ? Si l’école n’existait pas, comment l’inventeraient-ils ? S’ils étaient directeurs d’école, comment la feraient-ils fonctionner ? Qu’est-ce qui, selon eux, est indispensable à l’école ? Qu’aiment-ils apprendre ? Quelles relations entretiennent-ils avec leurs professeurs ? Quelles relations entre leur vie personnelle et leur vie scolaire ?

Déroulé de la collecte de paroles du personnel de l’éducation prioritaire

Cette collecte de parole se déroule de deux manières :

> Nous proposons aux enseignants et au corps administratif d’un établissement dans lequel nous intervenons, des temps d’échange sur leur vision de leur métier au sein de l’Éducation nationale par le biais d’ateliers de pratique artistique basés sur l’improvisation, d’ateliers d’écriture et d’entretiens individuels.

> Nous menons également des entretiens individuels autour d’un questionnaire identique pour chaque interviewé. Nous avons, à ce jour, mené plus de 25 interviews auprès d’enseignants, assistantes sociales scolaire, principaux et principaux adjoints, inspecteurs académiques, etc.

Nous leur posons une série de questions d’ordre sociologique : la profession de leurs parents, leurs parcours d’élèves. Mais aussi des questions sur leur vision du système éducatif largement, sur l’orientation des élèves issus de REP, sur l’organisation de l’éducation prioritaire. Nous avons aussi souhaité leurs poser des questions intimes sur leur ressenti lors de l’exercice de leur profession, des anecdotes liées à leur travail en éducation prioritaire.

Cela nous a permis d’acquérir une certaine connaissance de l’organisation du système de l’éducation prioritaire : du déroulement de la formation initiale à celui de la carrière (le sytème des points, les titularisations), du fonctionnement d’un établissement classé REP, du type d’élèves, des difficultés rencontrées, des projets menés, etc.

Nous sommes actuellement à la recherche de nouveaux établissements scolaires avec lesquels nous pourrions mener ces ateliers auprès des élèves et une collecte de paroles des enseignants et personnels administratifs de l’établissement.

CO-PRODUCTION (en cours)

> Théâtre El Duende

> EPCC Centre Albert Camus, Issoudun